LE VOYAGE

« Nous partons avec toute lafamille Inuit au total nous sommes 13 personnes. Nous avons 4 skidoo et 4 luges dont l’une de plus de 8 mètres de long avec tout notre matériel.

Nous ne savons pas vraiment où nous allons. Les Inuits sont incapables de déterminer la durée du voyage et c’est compliqué d’avoir tous les détails sur notre itinéraire. C’est certainement le premier choc culturel. Notre montre et notre emploi du temps nous rassurent et comblent probablement nos angoisses. Les Inuits se posent beaucoup moins de questions et n’ont pas de montre, ils ont le temps. Ici le soleil ne se couche jamais. Seul son inclinaison permet de savoir si nous sommes le jour ou la nuit…

J’aime cette part d’inconnu où l’on remet notre destin au hasard. Nous devons accepter le rythme lent du dégel de la banquise.

Nous montons dans une barque en aluminium hissée sur une grande luge et nous glissons vers nos rêves. Sur notre droite, le soleil de minuit illumine les différentes strates des montagnes : du rouge, de l’oranger et du jaune avec une multitude de nuances. 

Nous en profitons pour faire une pause, boire un thé chaud et manger quelques biscuits. Quand David aperçoit un ours et ses 2 petits, il part à leur rencontre. Christophe sort son téléobjectif et tente de faire quelques images. J’en profite pour lancer mon drone et immortaliser ces petits oursons. Plus loin, leur mère se baigne dans une faille de la banquise pour se rafraîchir. Les Inuits du village n’avaient pas menti : nous sommes sur le territoire de l’ours.

Après plusieurs heures de voyage hors du temps du jour et de la nuit, nous arrivons sur la terre ferme pour poser notre camp mais l’accès est compliqué. De gros blocs de glace nous empêchent d’y accéder. Nous mettons plus de 2 heures pour franchir ces grandes failles. Ce long voyage de plus de 9 heures dans la nuit polaire nous aura épuisé. Nous montons les tentes et dormons car demain nous partirons sur le floe edge. »

LE FLOE EDGE

« Cette année le floe edge est difficile d’accès, il nous faut plusieurs heures pour y parvenir (entre 3-4 heures)…

Certains moments dans la barque d’aluminium et d’autres dans la luge. Nous passons sur des flaques d’eau profondes, des longues plaines de glace lisses et parfois de la banquise chaotique (les chocs sont violents). Comme si lors d’une tempête la mer venait de se figer pour l’éternité. Ces passages difficiles martyrisent notre colonne vertébrale et nos cervicales. Notre première arrivée au floe edge contraste avec notre fatiguant voyage. C’est une récompense. Nous découvrons un site dégagé illuminé d’une douce lumière, c’est si apaisant. Il est peuplé d’oiseaux qui profitent de ce printemps pour se nourrir en paix. Bernarches, Eider à tête grise, Fulmars boréals, oie des neiges, goéland arctic.

Toute l’équipe se met à pied d’œuvre pour capter cette beauté. 

Un souffle puis deux. L’absence de vent laisse percevoir les sons qui viennent de loin. Mais où sont ces baleines dans ce dédale de glace ? Nous apercevons pour la première fois le souffle et le dos d’un bélouga. Sa nage se distingue lors de son passage en surface nous observons ses courbes qui signent comme une virgule à la surface de l’eau. C’est beau. J’en profite pour enfiler ma combinaison. Je plonge la tête dans l’eau et j’entends leur cliquetis puissants.  Un peu plus tard, j’amorce mon canard à côté de 3 bélougas dont un  jeune beaucoup plus foncé que les adultes. Sous l’eau le premier vient à ma rencontre se tourne pour me montrer son ventre tout en inclinant sa tête. Cette rencontre est comme un salut. Ils sondent et s’échappent dans les abysses. Quelques secondes plus loin, je vois 2 autres silhouettes plus foncées tachetées de blanc et voilà deux Narvals qui viennent m’observer, Leur glisse est d’une extrême douceur. Leurs têtes bougent et cette particularité leur confère un côté attachant. En une petite immersion et dès la première c’est un doublé. Une chance incroyable… »